Stephanus art gallery

Collages and photos

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1946 (23.5x33cm)

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Berni Stephanus
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212

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  • admin - Friday 4 November 2016 10:27
    En fait mes plus anciens souvenirs sont extrêmement vagues. De notre séjour à E. je ne me souviens que du fait qu’on était logés sous le toit, mon frère et moi, et que mon lit se trouvait près de la porte, à côté du poêle. Je me souviens du jardin, du grand terrain vide et du restaurant au milieu du village. Peu d’autres souvenirs à part ceux que j’ai déjà évoqué auparavant : les avions, l’attaque nocturne, la ruée vers l’abri quand une bombe a éclaté pendant le repas dominical au restaurant du village. Avais-je le droit d’aller dans cet abri ? Normalement, ils étaient interdits aux Juifs. Je ne sais pas et je ne sais plus si j’y suis allé, sauf que le fait de ne pas aimer être cantonné dans un sous-sol me laisse supposer que j’ai dû y aller plus d’une fois. Les témoins que je pourrais interroger sont malheureusement morts. Même de ma vie dans le grand appartement à Hanovre, dès 1945, j’ai peu de souvenirs précis autres que les lieux et certaines situations.
    J’en conclus que j’ai vécu mon enfance comme dans un rêve, que j’étais davantage tourné vers mon intérieur que vers ce qui m’entourait. Et même mon adolescence me paraît assez brumeuse au point de ne plus guère me souvenir des noms de mes camarades de classe, un peu comme si je voyais alors le monde dans un faisceau de lumière étroit qui laissait bien des choses sans l’ombre. Et je ne me rappelle non plus mes rêveries. Par contre, je sais que je dévorais les livres et que j’étais capable de faire des nuits blanches pour les finir.
    Ce collage est une tentative de recréer l’ambiance qui pouvait régner quand je devais faire la sieste (obligatoire) ou durant une bonne crève accompagnée de vraie ou prétendue fièvre. Il est vrai que je chérissais ces moments où mon esprit pouvait divaguer sans être dérangé par un adulte. Car le monde alentour était peu rassurant et les enfants (y compris mon frère) souvent cruels avec moi. A l’adolescence, je ne craignais plus le monde, je m’intéressais à beaucoup de choses, mais l’école ressemblait toujours à une prison dont les profs étaient les garde-chiourmes et mes compagnons d’infortune une masse relativement indifférenciée dont émergeaient quelques amis. Voilà pourquoi elle n’a pas d’importance dans mon curriculum, à la différence d’autres personnes qui l’ont vécue comme stimulante et enrichissante. On voit bien dans cette image combien le monde pouvait être menaçant et que le lit constituait un refuge tout relatif bien que relié au plaisir sexuel naissant.

    In fact my earliest memories are extremely vague. From our stay in E. I only remember that we were housed under the roof, my brother and I, and my bed was near to the door, next to the stove. I remember the garden, the large empty lot and the restaurant in the village. Few other memories to share except those I have already mentioned before: airplanes, night attack, the rush to the shelter when a bomb exploded during dinner one sunday at the village restaurant. Did I have the right to stay in this shelter? Normally, they were forbidden to Jews. I do not know and I do not know if I was there, except the fact of not liking to be confined to a basement suggests to me that I had to go there more than once. Witnesses whom may I ask are unfortunately dead. Even of my life in the large apartment in Hanover from 1945 on, I have few memories other than specific places and situations.
    I conclude that I spent my childhood in a dream, I was more focused on my inner world than to my surroundings. Even my teenage seems rather hazy as I can hardly remember the names of my classmates, as if I then saw the world in a narrow beam of light that left many things in the dark. And I do not remember my daydreams either. For cons, I know that I devoured the books and I spent sleepless nights to get to the last page.
    This collage is an attempt to recreate the atmosphere that could rule when I had to take a nap (required) or a good flue accompanied by real or alleged fever. It is true that I cherished those moments when my mind could wander without being disturbed by an adult. Because the world around was not very reassuring and children (including my brother) often cruel to me. As a teenager, I no longer feared the world, I was interested in many things, but the school still looked like a prison whose teachers were watchdogs and my companions in misfortune a relatively undifferentiated mass from which emerged some friends. That's why it does not matter in my curriculum, unlike other people who lived it as challenging and rewarding. We can see in this image how the world could be threatening and how the bed was an all relative refuge though connected to the nascent sexual pleasure.