Stephanus art gallery

Collages and photos

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  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:58
    ON THE RUN ( LA FUITE)

    Today, a collage where I feel I have been bold. I wanted to introduce an incongruous element -drawn, relatively flat - in a deep space, while giving meaning to the whole.

    I started from the idea of using the figures of Matisse's Dance, which, moreover, are not completely flat. There are indeed shadows in the heads eg. and lines suggest volume. After cutting out the figures with small scissors I chose a background that does not remain much, but evoking the victims of the attack in Nice. After the pieces were added one by one until the theme became precise: two worlds, connected by people running at the top of the image.

    What I find interesting is the apparent disorder in the image on its left side - in fact it's almost like the origin of the fugitives, on the right, is quieter than the world in which they land, if we ignore what is happening in Aleppo. Here I rather thought of the carnage in the Mediterranean, the perilous crossings etc. But other associations are also possible as such: quiet life images and agitation, the fact of trying to overcome all the obstacles and the failure of some falling en masse, the way men and women are dressed ...

    I see this as a rather large composition of 4m approx., the reduced space of the collage does not allow it to unfold as I would like. It’s up to you, the viewer, to do the job in imagination.


    Aujourd’hui, un collage où j’ai l’impression d’avoir été audacieux. J’ai voulu introduire un élément incongru, dessiné, relativement plat dans un espace profond, tout en donnant du sens à l’ensemble.

    Je suis parti de l’idée d’utiliser les figures de la Danse de Matisse qui, par ailleurs, ne sont pas totalement plats. Il y a en effet des ombres dans les têtes par ex. et les lignes suggèrent le volume. Après un découpage aux petits ciseaux j’ai choisi un fond dont ne subsiste pas grand-chose, mais qui évoque les victimes de l’attentat de Nice. Après, les morceaux se sont ajoutés l’un après l’autre jusqu’à ce que le thème se précise : deux mondes, reliés par des gens qui courent en haut de l’image.

    Ce que je trouve intéressant, c’est l’apparent désordre dans l’image dans sa partie gauche – en fait on dirait presque l’origine des fuyards, à droite, est plus tranquille que le monde dans lequel ils débarquent, si l’on fait abstraction de ce qui se passe à Alep. Ici, j’ai plutôt pensé à l’hécatombe en Méditerranée, aux traversées périlleuses etc. Mais d’autres associations sont également possibles comme par ex. les images de vie tranquille et l’agitation, le fait d’essayer de surmonter tous les obstacles et l’échec de certains qui tombent en masse, les tenues des hommes et des femmes…

    Je vois cette composition assez grande, dans les 4m de long env., l’espace réduit du collage ne lui permet pas de se déployer comme je le voudrais. A toi, spectateur, de faire le travail en imagination.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:56
    This collage was long in coming. Starting from the bottom, I had first maintained the image of the Statue of Liberty to the right. This place is occupied now by the figure with the enlightened eye and whose hand makes an ambiguous gesture. Does it bless or repel the people who land? One option could be the white "tonsure", but the "beard" could hint to the Islamists. The landing of the bare-feet contrasts with the proud skyline. But both the sky-scrapers and the immigrants seek to reach the top, which, according to R. Arnheim, means freedom. Is the hand gesture then an attempt to stop this coming? And yet this city was born of immigration. Before, there was nothing. The current America exists only thanks to the arrival of immigrants. We must therefore focus our gaze to the past (the profile facing left) to see all these arrival waves that are at the center of it all - literally as well as figuratively.

    Ce collage a été long à venir. Partant du fond, j’avais tout d’abord laissé l’image de la statue de la liberté à droite. Cette place est occupée par un visage à l’œil illuminé et la main fait un geste ambigu. Est- ce qu’elle bénit ou est-ce qu’il repousse les gens qui débarquent ? Une piste pourrait être la « tonsure » blanche, mais la « barbe » pourrait faire allusion à des islamistes. Le débarquement des va-nu-pieds contraste avec l’orgueilleuse skyline. Mais tant les gratte-ciel que les arrivants cherchent à atteindre la partie supérieure, qui, selon R. Arnheim, signifie la liberté. Le geste de la main constitue-t-il alors une tentative d’arrêter cette venue ? Pourtant cette ville est née de l’immigration. Avant, il n’y avait rien. L’Amérique actuelle n’existe que grâce à l’arrivée des immigrants. Il faut donc porter son regard vers le passé (le profil tourné vers la gauche) pour voir toutes ces vagues d’arrivants qui sont au centre de tout cela – au propre comme au figuré.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:53
    Le goût de l'aventure - The thirst for adventure
    It's supposed to be the adventure riding a bike, going out of town that one carries with oneself. But the vehicle is stuck, the woman has both feet on the ground. The progression is stopped, it is blocked. There is however a desire to snatch, to rise as high as possible, even if it remains at the level of thought. The woman seems to breathe a little air of adventure. The other character with the worker cap is passive, is conveyed, his legs shortened and occupies the place of a dog or cat in the basket. Besides the woman holds him by her protective arm. He remains a passive passenger. A third character stands in the background and seems to step over a hill. He marks a moment of hesitation: Shall I go or not? He is alone and looks toward a possible future, while the other 2 are still clinging to their gray and wet past. The future may not be bright - there are rain clouds in the sky for sure, but they pass by and clear the sky. Who knows?

    C’est censé être l’aventure au guidon d’un vélo, en sortant de la ville qu’on transporte avec soi. Mais le véhicule est embourbé, la femme a les deux pieds par terre. La progression est arrêtée, c’est bloqué. Il y a cependant le désir de s’arracher, de s’élever le plus haut possible, même si cela reste au niveau de la pensée. La femme semble humer un peu de l’air d’aventure. L’autre personnage à la casquette d’ouvrier est passif, il se fait véhiculer, ses jambes ont raccourci et il occupe la place d’un chien ou d’un chat dans ce panier. D’ailleurs la femme le tient de son bras protecteur. Il reste un passager passif. Un 3e personnage se tient au fond et semble enjamber une colline. Il marque un moment d’hésitation : J’y vais ou pas ? Il est seul et regarde vers un possible avenir, alors que les 2 autres demeurent accrochés à leur passé gris et pluvieux. L’avenir n’est pas forcément radieux – il y a d’ailleurs des nuages de pluie dans ce ciel, mais ils peuvent passer et dégager le ciel. Qui sait ?
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:50
    The face is defeated or rather patched, which is the same. It is distorted by fear, in contradiction with the red poppies that adorn her head. It bursts. But what does here this girl with her raised finger shouting - it melts in the face while keeping its own existence. Does she express what the great face does not express? Her pose is provocation and her attitudes actually do not mean anything, her gestures are unrelated to real life, they serve for assertiveness in front of an audience or a camera. However, the woman behind her is shattered but without exhibitionism. The real grief, the real rage hides, it does not want to be seen or filmed. If one refers to Picasso’s weeping women, we find they cause discomfort in the viewer because they are beginning to unravel, becoming ugly, defenseless. Or they assault the viewer by the violence of their expression. The usual interpretation is that they are a reaction to the horrors of the civil war. This is undoubtedly true. But there is not just that: it is also the game of deformations that can express themselves more freely than in the portrait of a happy and beautiful young woman. Here, anything goes!

    Le visage est défait ou plutôt rafistolé, ce qui revient au même. Il est déformé par la peur, en contradiction avec les pavots rouges qui ornent sa tête. Il éclate. Mais que vient y faire cette fille au doigt levé qui crie – elle se fond dans le visage tout en gardant sa propre existence. Exprime-t-elle ce que le grand visage n’arrive pas à exprimer ? Sa pose est du domaine de la provocation et ses attitudes ne signifient en fait rien du tout, il s’agit de gestes sans rapport avec un réel vécu, ils servent à l’affirmation de soi face à un public ou à une caméra. En revanche, la femme derrière elle est bouleversée mais sans exhibitionnisme. Le vrai chagrin, la vraie rage se cache, ne veut point être observée ni filmée. Si l’on se réfère aux femmes qui pleurent chez Picasso, on constate qu’elles suscitent de la gêne chez le spectateur, car elles sont en train de se défaire, devenant laides, sans défense. Ou alors elles agressent le spectateur par la violence de leur expression. L’interprétation habituelle est qu’elles constituent une réaction aux horreurs de la guerre civile. C’est sans doute vrai. Mais il n’y a pas que cela : il y a aussi le jeu des déformations qui peut s’y exprimer bien plus librement que dans le portrait d’une belle jeune femme heureuse. Ici, tout est permis !
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:48
    La montée - The rise

    Everyone sleeps in a space filled with bodies. Only loopholes: left where seems a door is tempting and upstairs where we see an opening to the sky. A woman also seems to pull the edges like a theater curtain. But she is the only one looking out. 5 large teeth cut image, probably a reference to hell, because it is often represented in this way in the Middle Ages. The Judgment also comes to mind, except that the falling of bodies has already taken place, we see the result. It is a world-prison, a total confinement. It's a nightmare where it might be sufficient to awaken to return to reality. But it is difficult to tear the grip of a dream and perhaps is it safer not to risk anything.

    I have quite experienced in this and it is the upper opening which brought me a satisfactory solution, as it helps to lighten the mood by suggesting a way out as the door seems doomed because stuck among the bodies. However, as it is glazed, it may be forced, but this is a misleading result because everything converges upwards, so that's where the real opening is. What interests me here too, is to switch of a horizontal surface up to the vertical: the body of the upper half should logically be smaller than those of the bottom which is not the case here, but the prospective is indicated by the diagonals which logically meet in the female figure. This creates a tension and a distortion from straight lines to curved ones, suggesting a circular, hollow space. Does my rereading of Arnheim stimulate me?

    Tout le monde dort dans un espace rempli de corps. Seules échappatoires : à gauche où semble s’offrir une porte et en haut où on voit une ouverture vers le ciel. Une femme semble d’ailleurs en écarter les bords comme un rideau de théâtre. Mais elle est la seule à regarder dehors. 5 grandes dents coupent l’image, sans doute une allusion à l’enfer, car il est souvent représenté ainsi au Moyen-Âge. Le Jugement dernier vient également à l’esprit, sauf qu’ici la chute des corps a déjà eu lieu, nous en voyons le résultat. C’est une prison-monde, un enfermement total. C’est un cauchemar dont il suffirait peut-être de s’éveiller pour revenir dans la réalité. Mais il est difficile de s’arracher à l’emprise d’un songe et peut-être est-il plus sûr de ne pas s’y risquer.

    J’ai pas mal expérimenté dans cette image et c’est l’ouverture en haut qui m’a apporté une solution satisfaisante, car elle contribue à alléger l’ambiance en suggérant une issue possible alors que la porte semble condamnée, car coincée parmi les corps. Cependant, comme elle est vitrée, elle pourrait être forcée, mais il s’agit d’une issue trompeuse, car tout converge vers le haut, c’est donc là la vraie ouverture. Ce qui m’intéresse ici aussi, c’est de basculer une surface horizontale vue d’en haut à la verticale : les corps de la moitié supérieure devraient logiquement être plus petits que ceux du bas ce qui n’est pas le cas ici, mais la perspective est indiquée par les diagonales qui se rejoignent logiquement dans la figure féminine. Cela crée une tension et une déformation des droites vers des courbes, suggérant un espace circulaire, creux. Est-ce ma relecture d’Arnheim qui me stimule ?
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:46
    Tête-bêche - Head over tail
    In this image, the start was the juxtaposition of two landscapes, head to tail, with the difficulty that arises from having the sky at the bottom. So, all that is solid becomes light and begins to float in the air, like a balloon. Effect exploited by Magritte who makes levitate a rock for example. Here I have tried to become top-heavy so it gives the impression to come down. The central character seems to hold up this rocky mass suspension, but is itself devoid of a solid foundation. Both hands that could figure legs hold in fact a writing of which the character seems to be the emanation. I think about Aeneas and Atlas. The top left is a Khmer temple, but the remains of a castle and mountains cover the tracks. We are in a fictional world with various clues, a bit like a Mantegna painting gone mad. Finally, I will say that this is an unstable world, held perhaps at arm's length by a hybrid human to whom we must remember the great universal principles.

    Dans cette image, le départ a été la juxtaposition de 2 paysages, tête-bêche, avec toute la difficulté qui découle du fait d’avoir un ciel en bas. Du coup, tout ce qui est solide devient léger et commence à flotter en l’air, à la manière d’un ballon. Effet exploité par Magritte qui fait léviter un rocher par ex. Ici, j’ai essayé d’alourdir la partie supérieure de sorte qu’elle donne l’impression de redescendre. Le personnage central semble vouloir tenir en place cette masse rocheuse en suspension, mais il est lui-même dépourvu d’une base solide. Les deux mains qui pourraient faire figure de jambes tiennent en fait un écrit dont le personnage semble être l’émanation. Je pense à Énée et à Atlas. Le temple en haut à gauche est khmer, mais les restes d’un château et la montagne brouillent les pistes. Nous sommes dans un monde fictif avec des indices variés, un peu comme si une peinture de Mantegna s’était déréglée. Finalement, je dirai qu’il s’agit d’un monde instable, maintenu à bout de bras par un humain hybride à qui il faut peut-être rappeler les grands principes universels.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:44
    1946
    In fact my earliest memories are extremely vague. From our stay in E. I only remember that we were housed under the roof, my brother and I, and my bed was near to the door, next to the stove. I remember the garden, the large empty lot and the restaurant in the village. Few other memories to share except those I have already mentioned before: airplanes, night attack, the rush to the shelter when a bomb exploded during dinner one sunday at the village restaurant. Did I have the right to stay in this shelter? Normally, they were forbidden to Jews. I do not know and I do not know if I was there, except the fact of not liking to be confined to a basement suggests to me that I had to go there more than once. Witnesses whom may I ask are unfortunately dead. Even of my life in the large apartment in Hanover from 1945 on, I have few memories other than specific places and situations.

    I conclude that I spent my childhood in a dream, I was more focused on my inner world than to my surroundings. Even my teenage seems rather hazy as I can hardly remember the names of my classmates, as if I then saw the world in a narrow beam of light that left many things in the dark. And I do not remember my daydreams either. For cons, I know that I devoured the books and I spent sleepless nights to get to the last page.



    This collage is an attempt to recreate the atmosphere that could rule when I had to take a nap (required) or a good flue accompanied by real or alleged fever. It is true that I cherished those moments when my mind could wander without being disturbed by an adult. Because the world around was not very reassuring and children (including my brother) often cruel to me. As a teenager, I no longer feared the world, I was interested in many things, but the school still looked like a prison whose teachers were watchdogs and my companions in misfortune a relatively undifferentiated mass from which emerged some friends. That's why it does not matter in my curriculum, unlike other people who lived it as challenging and rewarding. We can see in this image how the world could be threatening and how the bed was an all relative refuge though connected to the nascent sexual pleasure.

    En fait mes plus anciens souvenirs sont extrêmement vagues. De notre séjour à E. je ne me souviens que du fait qu’on était logés sous le toit, mon frère et moi, et que mon lit se trouvait près de la porte, à côté du poêle. Je me souviens du jardin, du grand terrain vide et du restaurant au milieu du village. Peu d’autres souvenirs à part ceux que j’ai déjà évoqué auparavant : les avions, l’attaque nocturne, la ruée vers l’abri quand une bombe a éclaté pendant le repas dominical au restaurant du village. Avais-je le droit d’aller dans cet abri ? Normalement, ils étaient interdits aux Juifs. Je ne sais pas et je ne sais plus si j’y suis allé, sauf que le fait de ne pas aimer être cantonné dans un sous-sol me laisse supposer que j’ai dû y aller plus d’une fois. Les témoins que je pourrais interroger sont malheureusement morts. Même de ma vie dans le grand appartement à Hanovre, dès 1945, j’ai peu de souvenirs précis autres que les lieux et certaines situations.

    J’en conclus que j’ai vécu mon enfance comme dans un rêve, que j’étais davantage tourné vers mon intérieur que vers ce qui m’entourait. Et même mon adolescence me paraît assez brumeuse au point de ne plus guère me souvenir des noms de mes camarades de classe, un peu comme si je voyais alors le monde dans un faisceau de lumière étroit qui laissait bien des choses sans l’ombre. Et je ne me rappelle non plus mes rêveries. Par contre, je sais que je dévorais les livres et que j’étais capable de faire des nuits blanches pour les finir.

    Ce collage est une tentative de recréer l’ambiance qui pouvait régner quand je devais faire la sieste (obligatoire) ou durant une bonne crève accompagnée de vraie ou prétendue fièvre. Il est vrai que je chérissais ces moments où mon esprit pouvait divaguer sans être dérangé par un adulte. Car le monde alentour était peu rassurant et les enfants (y compris mon frère) souvent cruels avec moi. A l’adolescence, je ne craignais plus le monde, je m’intéressais à beaucoup de choses, mais l’école ressemblait toujours à une prison dont les profs étaient les garde-chiourmes et mes compagnons d’infortune une masse relativement indifférenciée dont émergeaient quelques amis. Voilà pourquoi elle n’a pas d’importance dans mon curriculum, à la différence d’autres personnes qui l’ont vécue comme stimulante et enrichissante. On voit bien dans cette image combien le monde pouvait être menaçant et que le lit constituait un refuge tout relatif bien que relié au plaisir sexuel naissant.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:42
    The clown
    his night, I realized suddenly that there was a link between my selfie and my collage: the clown. Since always, I have fun doing clownish self-portraits because I know well that these are mere masks. The picture came during a video projection in my workshop: I slipped between the projector and the screen and have sought to place the ring on my eye which is my creation tool besides being the tool for my relationship with the outside world. As for the colors, my first paintings at the age of 15 years were faces which were half red half turquoise. And my polo was offered to me by my colleagues on the occasion of my retirement as they had imagined me as a colorful artist. Other elements of the picture might suggest a quick mind, a kippa, sickness and God knows what else. The collage has the same primary colors with a clown's head and a laced coat, making me think of a Napoleonic general. It is a hybrid face, more enigmatic than mine, but the attitude denotes a certain power. And I said to myself that night that I was perhaps a dictator, yes, but a fragile one. One has only to look at the face and legs. And my "horse" seems uninterested in the highest degree. Or does she lament before such claim? That's what this collage seems to tell me, when I first thought about a representation of Trump and his relationship to women. Looking at my selfie again, I think I'm a funny guy, and that I can better see myself through humor.

    Cette nuit, j’ai compris tout d’un coup qu’il y avait un lien entre mon selfie et ce collage : le clown. En effet, depuis toujours, je m’amuse à faire des autoportraits clownesques, car je sais bien qu’il s’agit de masques. La photo est venue lors d’une projection vidéo dans mon workshop : je me suis glissé entre le beamer et l’écran et ai cherché à placer le rond sur mon œil. Ce dernier est mon outil de création outre sa fonction de rapport au monde. Quant aux couleurs, mes premiers tableaux, à l’âge de 15 ans, ont été des visages moitié rouges moitié turquoise. Et mon polo m’a été offert par mes collègues à l’occasion de ma retraite, car ils m’avaient imaginé comme un artiste bariolé. D’autres éléments de la photo pourraient faire penser à un esprit vif, à une kippa, à la maladie et Dieu sait quoi d’autre. Le collage présente les mêmes couleurs primaires, avec une tête de clown et un habit chamarré, me faisant penser à un général napoléonien. C’est un visage hybride, plus énigmatique que le mien, mais l’attitude dénote un certain pouvoir. Et je me suis dit cette nuit que j’étais peut-être un dictateur, oui, mais fragile. Il n’y a qu’à regarder le visage et les jambes. Et ma « monture » semble s’en désintéresser au plus haut point. Ou est-ce qu’elle se lamente devant tant de prétention ? Voilà ce que ce collage semble me dire, alors que j’ai pensé tout d’abord à une représentation de Trump et à son rapport aux femmes. En regardant mon selfie une nouvelle fois, je me dis que je suis un drôle de type, et que c’est par l’humour que j’arrive à mieux voir en moi.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:40
    Looking at this collage again, a few days from its creation, I cannot refrain from making a connection with my mother. Indeed, her main concern seemed to present a perfect facade that was supposed to correspond to the current canons of her environment. Hence her terror of humidity that would make her hair curl, she would even force them into a hairnet to prevent them from betraying her exotic origin. Hiding behind an impeccable facade. Be undetectable. Was she not afraid that one of her friends could guess her origin as a pariah? Had not her own mother took the habit of hiding her yellow star under the back of her coat? Another aspect of this concern to succeed socially, to be like those of her environment is the fact that my father seems to have forced her to assume a role of social representation, not without her tears, according to their own statements. That means a double penalty. Already her own father was, as my half-sister told me, a real tyrant. Is happiness thus possible? Perhaps, but keeping a secret inner garden that grows out of sight. This, I think, has hardly been her case. And when she realized that I was going the opposite way from what her "life" was, she had to be worried, especially since her brother had been banned by her own father for being an actor, a painter and a communist. But she never told me. Thus I always imagined that she had a preference for my brother who, although being a rather difficult character, presented a smoother image in society, choosing the paternal path of business. In my own collages, the theme of the mask is recurring.



    No doubt, because I never believed in the success of the maternal strategy. In any case, everybody "knew" her origins, curly hair or not. Assimilation was based on a lie - on both sides. For her, it was to disappear behind a mask, to act in a play. And the context has pulled it off and stigmatized her for her origins. It was only on the eve of her death that she told me that what she had loved above all, when she was young, was drawing. But, as I have written elsewhere, she never hung up any work of mine in her house - undoubtedly too personal in comparison with the engravings of Redouté roses which adorned the walls. Now, in hindsight, I have the impression that she was essentially a victim of her time and her bourgeois milieu, and even of her marriage, in which the sensitivity and timid aspirations of a young Jewish woman weren’t encouraged.





    En regardant ce collage une nouvelle fois, à quelques jours de sa création, je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec ma mère. En effet, sa préoccupation principale semblait avoir été de présenter une façade parfaite qui était censée correspondre aux canons en vigueur de son milieu. D’où sa terreur de l’humidité qui faisait friser ses cheveux, allant jusqu’à les forcer dans un filet pour les empêcher de trahir son origine exotique. Se cacher derrière une façade impeccable. Etre indétectable. N’avait-elle pas peur qu’une de ses amies puisse deviner son origine de paria ? Sa propre mère n’avait-elle pas pour habitude de cacher son étoile jaune sous le revers de son manteau ? Un autre aspect de ce souci de réussir socialement, d’être comme celles de son milieu est le fait que mon père semble l’avoir forcée à assumer un rôle de représentation sociale, non sans pleurs, selon leurs propres dires à eux deux. C’est la double peine en sorte. Déjà son propre père était, selon ma demi-sœur un véritable tyran. Le bonheur est-il possible ainsi ? Peut-être, mais en gardant un jardin intérieur secret qu’on cultive à l’abri des regards. Or cela n’a guère été son cas, il me semble. Et quand elle s’est aperçue que je prenais le chemin inverse de ce qu’était sa « vie », elle a dû être inquiète, d’autant plus que son propre frère avait été banni par son propre père pour avoir été acteur, peintre et communiste. Mais elle ne me l’a jamais dit. Du coup, je me suis toujours imaginé qu’elle avait une préférence pour mon frère qui, bien qu’étant plutôt caractériel, présentait une image plus lisse en société, choisissant la voie paternelle des affaires. Dans mes propres collages, le thème du masque est récurrent.



    Sans doute, parce que je n’ai jamais cru à la réussite de la stratégie maternelle. De toute façon, tout le monde « savait » quelles étaient ses origines, cheveux frisés ou pas. L’assimilation était basée sur un mensonge – de part et d’autre. Chez elle, c’était de disparaître derrière un masque, de jouer dans une pièce de théâtre. Et le contexte lui a ôté celui-ci et l’a stigmatisée pour ses origines. Ce n’est qu’à la veille de sa mort qu’elle m’a confié que ce qu’elle avait aimé par-dessus tout, jadis, quand elle était jeune, c’était le dessin. Mais, comme je l’ai écrit ailleurs, jamais elle n’a accroché la moindre œuvre à moi chez elle – trop personnel sans doute par rapport aux gravures de roses Redouté qui ornaient les murs chez nous. Maintenant, avec le recul, j’ai l’impression qu’elle a été essentiellement victime de son époque et de son milieu bourgeois, voire de son mariage où la sensibilité et les aspirations timides d’une jeune femme juive ne trouvaient guère d’encouragements.
  • admin - Tuesday 24 April 2018 16:35
    Dialogue with a photo
    In my previous text, I mentioned the difference between collage and photo and I propose to continue the discussion in the form of a dialogue between a photo and a collage having the same subject as a motif.

    - I think your collage is much less successful than me, I feel like you're just repeating yourself.

    - I find you very interesting, but from there to tell me that my collage is only ironing an old dish ...

    - Yes, you see, your collage does not build space, it only sticks a subject on a background - that's not very modern, by the way. In my case, on the other hand, there is no subject in relation to the background.

    - No doubt this is true for this collage, but this transparency goes hand in hand with a loss of solidity: the photo becomes ghostly, at the risk of resembling these double-exposed images by the spiritists of the early twentieth century. Who pretended to show ghosts.

    "With me, the ghost is you. And is the dissolution in the great whole not your subject?

    - That's true, but I also want this material anchoring of the collage. I do not just want to talk about myself, but also comment on current events, express ideas. I'm not sure you can offer me the same range of possibilities. But I will try to make you converge towards collage. And we will see if this gives satisfactory results. So, for now, you will have to cohabit and I hope that you’ll enrich each other in a fruitful dialogue, in a constant emulation.

    - I am quite sure of proving my superiority in a striking manner."

    Dans mon précédent texte, j’ai évoqué la différence entre collage et photo et je me propose de poursuivre la discussion sous forme de dialogue entre une photo et un collage ayant le même sujet comme motif.

    Je trouve que ton collage est bien moins réussi que moi, j’ai l’impression que tu ne fais que te répéter.
    Je te trouve très intéressante, mais de là à me dire que mon collage ne fait que repasser un vieux plat…
    Oui, tu vois, ton collage ne construit pas l’espace, il ne fait que plaquer un motif sur un fond – ce n’est pas très moderne, d’ailleurs. Chez moi, par contre, il n’y a pas de sujet par rapport au fond.
    Sans doute est-ce vrai pour ce collage, mais cette transparence va de pair avec une perte de solidité : la photo devient fantomatique, au risque de ressembler à ces clichés à double exposition des spiritistes du début du XXe s. qui prétendaient faire voir des fantômes.
    Chez moi, le fantôme, c’est toi. Et ton sujet n’est-il pas la dissolution dans le grand tout ?
    C’est vrai, mais je tiens aussi à cet ancrage matériel du collage. Je ne veux pas seulement parler de moi, mais également commenter l’actualité, exprimer des idées. Je ne suis pas sûr que tu puisses m’offrir la même gamme de possibilités. Mais je vais essayer de te faire converger vers le collage. Et on verra si cela donne des résultats satisfaisants. Donc, pour l’instant, il vous faudra cohabiter et je formule souhait que vous vous enrichissiez mutuellement dans un dialogue fructueux, dans une émulation constante.
    Je veux bien, étant certaine de prouver ma supériorité de manière éclatante.